16 juin 2008
«Seules contre tous» BD de Miriam Katin et Grand prix 2008 de la critique BD
C’est un album que j’avais repéré à cause de sa couverture qui fait très ancien, ses dessins sepia et quelques pages au crayon de couleur. «Seules contre tous» est une autobiographie.
«Seules» : c’est une femme juive (Esther) et sa fillette de 3 ans (Miriam) dans la Hongrie de 1944. Le mari est à la guerre. La situation faite aux Juifs laisse augurer du pire et Esther décide de fuir avec sa fillette. Munies de faux papiers elles vont vivre un périple dans une Hongrie marquée par les violences et les privations de la guerre, avec des rencontres humaines et des moments cruciaux pour leur vie. L’auteure de la BD a été cette petite Miriam de 3 ans qui témoigne ainsi de l’histoire.
La perspective féminine m'a touchée particulièrement : avec l’attachement mère-enfant, la manière de s’insérer et de survivre d’une femme traquée, les questions du corps, les abus, le viol, l’avortement. La guerre vue par l’enfant est très bien rendue aussi, avec les chiens rencontrés tout au long de l’histoire, le jeu, l’attachement aux adultes, l’insouciance ou les souvenirs tragiques qui marquent toute une vie.
Graphiquement, c’est un trait sublime, réaliste, très fin, fait penser à une ébauche aboutie, ça adoucit les moments les plus durs de l’histoire (cliquer dessus pour agrandir).
Cette BD a remporté le Grand prix de l’Association des Critiques BD 2008.
«Seules contre tous» BD de Miriam Katin, éd. Seuil (2006), 125 pages, sepia et couleur, 21 euros.
09 juin 2008
«Nos âmes sauvages», BD de Johanna, prix Artémisia 2008
“Artémisia” est un prix destiné à donner un peu plus de visibilité à la bd féminine, le pourquoi/comment ici ;o) . J’ai glissé le blog Artémisia dans mes favoris pour garder un oeil sur l’actu : le blog ici
«Nos âmes sauvages» ... quelques mots de l’histoire : une jeune femme, Nina, voyage entre Paris et l’Amérique Latine, elle se cherche, elle cherche l’Amour, et puis «autre chose» que notre société de consommation. Graphiquement c’est exprimé par exemple par des va-et-vient entre les affiches du métro parisien avec clin d’oeil aux antipub ... et les relations entre un chaman et les participant-e-s à des initiations en Amérique Latine.
Je l’ai lu comme une critique de l’appropriation abusive des richesses, que ce soit dans notre société mais aussi celles des autres cultures sur lesquelles on fantasme. Je n’ai pas trop accroché sur l’aspect «chamanique», peut-être que mes pieds sont trop lourds ;o) Mais j’ai aimé la volonté didactique de l’auteure : elle partage ses intérêts, sa connaissance par des explications et informations dans un lexique et des textes en fin d’album.
J’apprécie beaucoup son dessin et la mise en couleurs. Ses reproductions d’affiches du métro parisien, de la nature amérindienne, m’ont particulièrement attirée, ça me fait penser à des tableaux, à de la peinture (cliquer sur les images pour agrandir).
«Nos âmes sauvages», BD de Johanna, prix Artémisia 2008, éd. Futuropolis, 66 pages couleur, 15 euros.
23 mars 2008
"Sous pression" dessins de presse de Chantal Montellier
"Sous pression" de Chantal Montellier, Dessins de presse au féminin (très) singulier, 1971-2001, éd. Pop'Com - Graphein (2001), 21 euros, 205 pages de dessins et quelques textes. ISBN Pop'Com 2-914676-00-X ou ISBN Graphein 2-910764-31-1.
je l'ai trouvé chez Violette & Co (Paris 11e) mais on peut le commander via internet et le site de l'auteure. Chantal Montellier s'exprime sur tous les thèmes politiques et sociaux des années 1970 à 2000 ... J'aime ce qu'elle fait passer dans ses dessins. Impossible de trouver la couverture de l'album facilement sur internet, ou des infos ... il n'y a pas de censure, simplement tout est fait pour invisibiliser les femmes et une certaine manière de penser... ce pourquoi je l'ai acheté.
L'auteure parle de cette publication comme d'un double miracle :
“...Enfin, c'est un double miracle.
D'abord parce que toutes les conditions étaient réunies pour que ce livre ne voit jamais le jour ; ensuite parce qu'il est une exception culturelle. En effet, combien de recueils, à ce jour, signés par des femmes, dans le domaine très masculin, pour ne pas dire mysogine, du dessin politique ? Aucun à ma connaissance, surtout sur une telle durée !” (totalité ici)
Nombreux autres dessins à voir sur le site de l'auteure ...
27 février 2008
“Odile et les crocodiles” BD de Chantal Montellier
“Odile B, comédienne, est agressée dans un parking au sortir d’une représentation. La Justice la traite en coupable plutôt qu’en victime. Alors elle entreprend de se faire justice elle-même... C’est le début d’une odyssée urbaine parsemée de rencontres et de meurtres, contée par Odile elle-même. «Fable sans morale» sur le thème du viol, dont l’héroïne se transforme à son tour en ange exterminateur, «Odile et les crocodiles» est un cri contre l’asservissement des femmes et l’un des plus beaux livres de Chantal Montellier ...” Des planches de la BD à voir ici
Mon avis : aucune description de viol dans le texte ou l’image pour complaire aux voyeurs, merci ! Son trait est réaliste. Bien sûr je préfère le dessin d’humour, mais ici, Odile est un personnage désabusé... Traduit par le beau trait à l’encre de Chantal Montellier, le mélange images / dessin.
Comme il s’agit d’une ré-édition l’auteure a écrit une petite mise au point à destination des lecteurs. C’est là où elle m’a touchée particulièrement. C’est pour dire que cette histoire n’est pas la sienne. Tout comme les auteurs ont des ressentis en commun avec leur personnage mais ne «sont pas» leur personnage.
Le sens de cette mise au point est fondamental. Une femme ne peut exprimer de profonde révolte sans qu’on la renvoie à son individualité. Or, dénoncer la violence quand tant de femmes la subissent, et même si on l'a subie soi-même, c’est toujours sortir de soi, individu, pour aller vers un “ensemble”. Il y a un soulagement - si l'on a vécu des violences - à se dire qu'elles n'étaient pas, en fait, dirigées contre "soi" mais vers soi en "tant que femme". C'est une grande douleur alors de réaliser que toute femme peut ainsi, pour cette raison d'être femme, être massacrée. Dépasser le "soi" est encourageant, un sursaut, se sentir élément du collectif ...
“L'union fait la force” on imagine des hommes hein ... les femmes rassemblées ont toujours suscité des craintes jusqu'à être interdites de rassemblement par la loi. Aujourd'hui une forme de censure s'opère «en douceur» : sexisme dans les médias, thèmes absents, image stéréotypée des femmes, sujets toujours plus importants «à la une», sujets féminins traités en biais ...
D’une voix on nous accuse de faire du «victimisme» tout en muselant nos actions et les créations des femmes, dans quelque domaine que ce soit. Sauf la maternité, la cuisine ou le ménage où là on ne nous reprochera jamais de tenir le torchon !
Renvoyer la femme à son individualité, c'est lui refuser la conscience politique et la force qui va avec. En proclamant qu'elle n'avait pas subi de viol et en réalisant cette bande dessinée qui hurle dans le silence, Chantal Montellier se situe en plein dans la conscience politique. Voilà ce que j’ai par dessus tout aimé !
«Odile et les crocodiles» BD de Chantal Montellier, éd. Actes Sud (2008), 64 pages bichromes, ISBN : 978-2-7427-7137-0, prix 19,50 euros.
04 février 2008
"Dans les sables mouvants", une histoire de violence conjugale - BD
Roz est une femme de 39 ans, cheffe d’entreprise qui tombe sous le joug de Brian, veuf avec 4 enfants. Son parcours va durer 10 ans : “Je tenais un journal, mais quand les mots me manquaient, je dessinais ...”
On entre dans le vécu du personnage, ce qui peut permettre de mieux comprendre l'engrenage, les enchainements, pourquoi "elles restent" quand la violence devient pourtant "évidente", comment se fait une prise de conscience ...
Mais j'aurais aimé que le livre traite globalement de la famille, donc des enfants. Car le compagnon violent est aussi un père violent et incestueux, or on ne suit pas le parcours pour les enfants, voilà j'aurais aimé apercevoir un petit rayon de lumière pour eux et je dirais pour eux avant tout ...
Sinon le dessin est très sympa, c'est vrai que ça rappelle le trait de Marjane Satrapi, j'aime bien. La violence n'est pas trop “montrée”, et rien que la manière d'évoquer ce sujet, en fait un livre positif.
"Dans les sables mouvants", une histoire de violence conjugale, BD de Rosalind B. Penfold, éditions "çà et là" (2007), 275 pages noir et blanc, 16 euros, ISBN 978-2-916207-21-6. Préface et postface de la Fédération Nationale Solidarité Femmes.
> la présentation sur le site de l'éditeur ici
> une critique commentée et une planche de la BD sur le site Clair de Bulle ici
27 septembre 2007
"Les impubliables» dessins de Cabu et Wozniak
un p’tit bouquin juste «histoire de» ... deux hommes (bah oui je suis pas sexiste) dessinateurs qui se passent des p’tits délires comme ça, entre eux. Pas publiables, trop crus, pas fins, pas obligatoirement pertinents ni «réfléchis», de l'humour "ordinaire" pour eux ... et on saisit la chance d'avoir le droit encore ici en France, à cet ordinaire-là, ailleurs ça peut valoir la prison ou même la mort...
je veux tout de même préciser : ici la situation des femmes est toujours subalterne dans tous les domaines, nous vivons en système sexiste, avec un conditionnement dès la naissance et bien des violences, le mot de démocratie ne se mérite donc pas malgré une impression de liberté, par exemple à la lecture de ce livre...
Revenons au livre donc ... Humour juste histoire de se vider le trop plein, de «rigoler»... enfin c’est quand même Cabu et Wozniak qui tiennent le crayon ;o) Même si Cabu dessine comme un dieu ;o) je trouve Wozniak plus percutant (moins tendre) dans la manière d'exprimer, enfin là c'est chacun-e ses goûts ... quelques dessins "préférés" ci-dessous (cliquer dessus pour les voir + grands)...
«Les impubliables» de Cabu et Wozniak, mis en scène par Marjorie Guigue, éd. l’Archipel (2007), 160 pages, 18 euros.
29 juillet 2007
«Luchadoras» BD de Peggy Adam
«Luchadoras» BD de Peggy Adam, éd. Atrabile (2006), 17 euros.
Luchadoras signifie «les lutteuses». Le cadre de l’histoire est un endroit réel : la ville de Ciudad Juárez, une ville frontière du Mexique, où de très nombreuses femmes et jeunes filles ont vraiment disparu. C’est la zone où sont implantés des ateliers, les «maquilladoras», où les femmes travaillent pour des multinationales dans des conditions à la limite de l’esclavage ...
Environ 400 cadavres féminins, qui ont souvent révélé des traces de viols, de tortures et sévices ont été retrouvés à Ciudad Juarez et environs... sans que les autorités locales ou nationales ne prennent de mesures à la hauteur de ces crimes, au point que la communauté internationale et Amnesty International se sont mobilisés pour parler.
La BD : Le dessin est très sobre et dit toute la réalité de l’extrême violence machiste qui habite la vie de chaque femme : au travail, en famille, dans la rue... et qui finit par entrer dans le personnage principal : Alma...
Elle est serveuse dans un bar, et vit avec Romel, un homme violent proche des trafiquants locaux. Ils ont ensemble, une petite fille... Alma rencontre Jean, un touriste en vadrouille, appareil photo à la main, un peu perdu dans ce lieu... Un jour où elle ne supporte plus la violence, Alma quitte son conjoint et avec sa fille, elle se réfugie auprès de Jean ... Elle se rapproche aussi de l’association locale pour les femmes battues. Le dessin et l’histoire restituent bien le climat invivable pour les femmes dont Alma tente, comme elle le peut, de s'évader...
>> ci-dessous : 2 planches de la BD, cliquer dessus = agrandir >>
24 juin 2007
BD : “Chaînes” de Jorge Garcia et Fidel Martinez
“Chaînes” de Jorge Garcia et Fidel Martinez, éd. Rackham (2007), BD, 96 pages noir & blanc, prix 14 euros, c'est un *petit* éditeur donc je précise le code ISBN : 978-2-87827-104-1
2 pages de texte "la terreur blanche" ouvrent cet album de Bande Dessinée. Le livre regroupe l'histoire de plusieurs femmes. À travers 11 épisodes, il évoque l'histoire DES femmes dans les geôles de Franco :
“Des milliers d'hommes et de femmes seront fusillés ou croupiront en prison sans que nous ayons pu à ce jour quantifier leur nombre exact, en raison d'une occultation sibylline des faits. Mais une chose est certaine : le silence qui s'ensuivit fut encore plus profond en ce qui avait trait au sort des femmes, ces mêmes femmes à qui les organisations de droite ... avaient demandé d'insuffler un peu de mesure conservatrice dans l'esprit de leurs pères, maris, compagnons ou enfants durant le Front Populaire. (...)
Le langage de la bande dessinée ne s'est heureusement pas paralysé devant une horreur qui, par respect pour celles et ceux qui l'ont vécu, ne mérite pas d'être oublié”
Elle évoque le sort de ces femmes syndiquées, militantes, arrachées à la liberté pour être punies, “redressées” dans des prisons ou des couvents fermés, transportées dans des fourgons à bestiaux, tondues, laissées sans soin, entassées, torturées, violées, fusillées, leurs enfants arrachés à elles. Il s'agit de questions de liberté d'opinion sous l'angle croisé de la condition féminine. Ce livre a été reconnu par la presse espagnole comme un évènement majeur de la bande dessinée.
Voici quelques extraits de la BD (cliquer sur l'image pour agrandir) >>>
Extraits :
“DERRIÈRE LES GRILLES” : C'est le graphisme des barreaux qui fait le lien au long de l'histoire...


et qui ne craint pas d'épingler aussi le sexisme des “camarades”
“LA PIÈCE SOUS L'ESCALIER” : Les geôliers se sont autoproclamés tout puissants, pratiquent en toute impunité la torture et le viol, la destruction du corps des femmes... en toute impunité et dans le silence ...
“DEBOUT“ : C'est l'histoire que j'ai préférée car elle n'est pas la plus tragique, c'est une femme qui raconte à sa fille comment elle a choisi son prénom... Elle a accouché en prison, les mères ne passent qu'1 h par jour avec leur enfant. Pour le prénom, on lui avait conseillé quelque chose de "patriotique" mais elle a tout de même donné celui auquel elle tenait... 


14 juin 2007
Valentine tome 3 “Rien dans ma vie", BD d'Anne Guillard...
“Valentine” tome 3 : ‘Rien dans ma vie’ de Anne Guillard, éd. Vent d’Ouest (2007)
BD 48 pages couleur - 9,40 euros.
“Retrouvez Valentine, parfait exemple de la jeune célibataire désabusée et cynique, au style tranchant et aux couleurs acidulées ! Bientôt l’été, et Valentine est toujours à la recherche de l’amour, mais là ça urge, parce que le mariage de son ex et de sa meilleure amie approche. Heureusement elle est brillamment secondée dans sa glorieuse quête par son psy, reconverti en marabout et sa copine Bérénice, shootée à l’optimisme.”
L’auteure intercale les planches de BD de son héroïne Valentine... avec des parodies de magazines féminins, son trait est contemporain, ses couleurs vives, avec une bonne dose d’humour. Je recommande chaleureusement ses 3 albums, avec une mention spéciale au 1er ;o)
Petits aperçus... >>>>
C'est le dos de couverture... Je suis revenue de la librairie en métro, sans sac plastique pour faire écolo, avec ce truc qui n’attire pas l’oeil, ou si peu !! Je vous mets en gros plan la “leçon n°1” vous voyez à quelle pub ça fait allusion ! 
(clic sur la planche ci-dessous pour l'agrandir) >>>> 
07 juin 2007
“Bitchy Bitch : les rudes études de Roberta” par Roberta Gregory
"Bitchy Bitch : les rudes études de Roberta"
de Roberta Gregory
éd. Vertige Graphic (2004)
BD noir et blanc, 68 pages, 10 euros.
C’est le 3e volume des Aventures de Midge McCracken, surnommée Bitchy Bitch, une furie ;o) Elle y vit sa 1re année sur le campus. C'est un portrait amusant des années "70"... on y trouve pêle mêle les thèmes de la guerre du vietnam, la libération sexuelle, les premiers joints, la 'cothurne' (coloc’ de résidence universitaire) et... les études un p’tit peu quand même ! ;o) Je vous recommande ces albums celui-là et les 2 premiers très chaleureusement !
L’auteure a un site (en anglais mais bien imagé) http://www.robertagregory.com/ 
ICI, ça y est, les parents partent enfin... et la laissent à la vie universitaire (clic > agrandir)
Arrivée de sa "cothurne" (elles sont à 2 par chambre) avec une maman "baba cool" (clic > agrandir)













