Le féminin l’emporte

humour & p'tit crob'art perso sur l'actualité féminine ...

26 mai 2008

“FILLES DE MAI - 68 mon mai à moi” Mémoires de femmes

couve

À l’occasion des 40 ans de Mai 68, j’ai repris ce livre qui m’avait enthousiasmée à sa sortie en 2004. Parce que dans l’actu je n’ai pas tellement vu de témoignages de femmes et que ça me manque, donc j’ai repris ce livre absolument génial : comme si on avait réuni ces femmes autour de nous pour nous parler de leurs souvenirs de mai 68 ...

Ce livre est un abécédaire, de la lettre «A» comme Adolescence à la lettre «V» comme Vérité ...

Il regroupe, sous cette forme originale, les témoignages de 22 femmes qui avaient entre 15 ans et 54 ans en mai 1968.

Extrait de la préface (de Michelle Perrot, historienne) : «Qu’il s’agisse de la famille ou du lycée ... ce qui ressort c’est la force des carcans et des interdits. Interdits vestimentaires (le port du pantalon n’est pas permis), sportifs (archaïsme de la «gym» des établissements de filles), professionnels et surtout sexuels... (...)

Les femmes se souviennent surtout d’un mal-être, éprouvé dans leur corps, leur couple, leurs amours, leur travail, leur tête. Un sentiment d’étouffement, de blocage, de désir d’ailleurs et d’autre chose. «Ma vie c’est de la merde, alors je suis pour le changement», «forcément» dit Luce. Changeons l’histoire, ça me changera moi...»

Extrait de témoignages :

Lettre A comme APRÈS : «Ce printemps 68, je crois que j’ai commencé à oser vivre. Et depuis, je ne me suis plus jamais arrêtée. Cela ne veut pas dire que je suis aujourd’hui quelqu’un de serein, de «zen» comme on dit, pas du tout, ce n’est pas mon style. Être heureuse ne m’empêche pas d’avoir des soucis, des moments difficiles, des angoisses, encore moins de me sentir concernée par tout ce qui se passe dans le monde. Surtout je m’autorise à être ce que je suis, forte de mon appétit de vivre et fragile en même temps ; je peux dire non à ce qui ne me convient pas, vivre avec mes contradictions, me sentir libre dans ma vie de couple. En somme, je me sens bien une fille de Mai 68.» (Chantal)

A comme AVANT : «Avant c’était l’autorité. L’AUTORITÉ ! Elle seule, parfois. (Julietta)

E comme ENFANT : «En 68 j’avais 54 ans et mon fils 20. La différence avec les générations précédentes c’est que si je n’étais pas toujours d’accord avec lui je l’écoutais. J’acceptais comme mère d’être secouée sur mes bases. Mon garage était devenu un lieu de fabrication de banderoles. Les garçons qui venaient étaient adorables avec moi, polis, respectueux. Je pense que j’étais pour eux un havre de paix. Je voyais le très beau côté de ce qu’ils faisaient, ils allaient plus loin que moi. (Simone)

P comme PAROLE : «Prendre la parole en public dans les réunions c’était très difficile. J’ai remarqué que les femmes la prenaient beaucoup moins que les hommes. C’était à la fois révoltant et infériorisant. Bien plus tard j’ai réussi à la prendre : une petite victoire.» (Christine)

P comme PSY : «Hiver 67-68. Je viens de me séparer de mon mari et de trouver un poste dans une clinique psychiatrique de la banlieue de Marseille. Début de la «psychiatrie institutionnelle». Plus de blouse blanche, ni l’habituelle hiérarchie mais des groupes de parole... Entre soignants (médecins et infirmières) qui s’interrogent sur leur pratique ; entre soignants et soignés ... Patients auxquels on donne la parole et qu’on écoute. La parole peut guérir... Pour moi, venue des soins généraux, c’est une découverte ! (Marie)

S comme SEXUALITÉ : On parlait à voix basse de sexualité et seulement entre filles. L’une d’elles était au Planning familial mais je n’osais pas l’interroger sur les méthodes contraceptives. Il me faudra attendre d’être à Londres pour avoir un premier diaphragme et de la crême spermicide qui viendra se substituer à l’usage exclusif des préservatifs. Je reste vierge jusqu’à mes 21 ans sonnés car ma mère ne veut pas «être responsable» d’un enfant. (Luce).

•  •  •

Je ne sais pas où vous étiez en 68, peut être pas encore né-e ? ;o)

Mon mot pour 68 aurait été LECTURE. Je vivais dans un milieu hostile à toutes ces idées. Nous n’avions pas de télé, nous sommes partis pendant les «évènements». Ma mère était femme au foyer, pleine d'amour pour ses enfants mais encore plus pleine de soumission au patriarcat même brutal. Mai 68, je termine l'école maternelle, déchiffre bien les mots. Souvent ma mère est comme vide et prostrée, je cherche à l'animer, j’ai l’impression que la solution est dans un livre mais je n'arrive pas à comprendre assez pour lire vraiment ... L’année d’après je suis ivre de joie de pouvoir lire enfin, même les affiches publicitaires qui font ma joie ...

“Filles de mai, 68 mon MAI à moi”, mémoires des femmes, éditions Le Bord de l’Eau (2004), 155 pages, 15 euros. Des extraits aussi sur le site de l'éditeur

Posté par Emelire à 17:08 - sortir, lire, écouter ... - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Mai 68, j'ai neuf ans et mes parents déménagent passant, à leur corps défendant, leur propriétaire institutionnel les relogeant pour pouvoir vendre le trois pièces qu'ils (mes parents) ont transformé en cinq, du quinzième arrondissement, plutôt encore populaire, au septième, carrément bourgeois et puant.
Dernière fournée des déménageurs qui étaient ensuite en grève, l'armoire couverte d'affiches du Che et de slogans contre la guerre au Vietnam de mes frères est restée plusieurs heures dans le vestibule de l'immeuble. La famille était classée.

Posté par berlioz, 26 mai 2008 à 17:26

En 68 je n'étais pas encore née et mes parents étaient très jeunes et surtout en province. Il m'ont dit que ça n'avait rien changé pour eux et qu'ils voyaient les manif à la télé comme s'il s'agissait d'un pays étranger. Mais bon, ils habitaient dans un tout petit village ancré dans ses traditions loin des grandes villes.Il n'empêche, je trouve dommage qu'ils n'en gardent que ce souvenir.

Posté par alice, 26 mai 2008 à 18:08

coucou

Salut Dora,

je viens de redécouvrir ton blog...
Ca fait du bien de relire des textes féministes, le forum des CDG me manque !

Posté par Selavy, 27 mai 2008 à 01:51

* Berlioz : merci de ce témoignage qui ne manque pas de sel, avec le recul on peut en rire, mais ça devait pas être si évident d'affronter le regard des voisins après ;o) enfin il paraît qu'on peut être anarchiste à 15 ans ^^

* Alice : merci pour ton témoignage, ça rejoint complètement ce que j'ai lu dans le bouquin, calme dans les campagnes, petite agitation dans les lycées de petites villes. Le rôle joué par les médias est important, à l'époque il y avait moins de postes de télé, bien moins de moyens et moins de moyens individuels. Aujourd'hui entre les appareils photos et cameras numériques et les blogs ;o) ...

* Selavy : ravie de te lire ici, même si c'est pour déplorer effectivement le manque de ce forum en particulier ...

Posté par Emelire, 27 mai 2008 à 09:17

Bon à savoir ! Dans la plus grande librairie de ma ville (Le Furet, pour ne pas la nommer), un rayon entier est consacré à l'anniversaire de Mai 68... Or, je n'ai rien trouvé sur le féminisme (à part un livre de poche discret consacré à Simone Veil), une honte !

Posté par Chaminou, 27 mai 2008 à 15:29

* Chaminou : en fait j'ai eu ce livre entre les mains par des féministes puis je l'ai rendu. Et j'ai voulu l'acquérir comme témoignage, et même l'avoir dans ma "bibliothèque" comme un moment d'histoire. C'est vrai que sur Paris, avec Violette and Co on a de la chance c'est une librairie féministe. Du coup je n'ai pas trop cherché dans mon quartier - pas le temps - s'il y avait des trucs sur 68 et les femmes ... en général je n'en ai pas tellement vu ...

Posté par Emelire, 02 juin 2008 à 13:49

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